Mémoires du corps
Balade (dés)hormonale, niveau 3. Peut-être plus, mais qu'en sais-je ?

Premier pas :
Je m'endors. Non, il ne me laisse pas.
Non, non, arrête. Pas là, s'il te plait.
Je ne peux pas parler plus fort, trop de gens proches et proche.
Tant pis, laisse le faire. Il n'y a qu'une première fois, et ce ne sera pas la bonne. Les suivantes ne
le seront pas non plus.
Je suis fière d'abord d'avoir franchi ce cap. Ça me donne une cote incroyable
auprès de mes amis... vous avez dit amis ?...
Viens le moment d'ouvrir les yeux, le moment de la honte.
Enfouir ça. Même si des mots sortent, le schéma se met en place, je suis
faiblesse malléable, abnégation généreuse ; j'endosse la responsabilité,
j'avais qu'à être plus forte.
Deuxième pas :
Et oui, à force de faire n'importe quoi dans le brouillard de l'insouciance, je
vais devoir y passer...
Deux pilules oubliées en vacances, deux cachetons à prendre à l'hosto.
Douleurs atroces, aucune estime pour ma souffrance, abandon. Je me vide et me
déverse. Des crampes à vouloir y rester. Je lâche tout ce que contient mon
utérus, au moins on en parlera plus... Et je tire la chasse.
Je pars de cet enfer blanc et rose puant le lait maternel et la compassion pour
la jeunesse désoeuvrée. J'erre. Rue, route, appartement.
J'assume. Seule. Retrait.
Chaque mois, je revis cette sanction. Autopunition qui se vide dans les
toilettes.
Troisième pas :
Pour que nos étreintes ne soient ni rognées ni faussées, à n'importe quel
improviste.
Introduction première, contraction, sursaut. Respire.
Insertion du dispositif. Déchirement intérieur, chairs offensées. Bond, recul.
Cri. Et en plus il m'engueule ce con !
Je me rhabille et le paye. Je me sens sale.
Une angoisse monte, des larmes s'arrêtent au bord.
Mon ventre est une crispation permanente, un gonflement répugnant et
insupportable. Je ressens comme une pitié pour cette partie de mon corps qui
souffre encore une fois. J'aimerai le soulager. Prendre une serpe et m'asexuer
comme dans un de mes rêves.
Comme pour me répondre, la douleur s'intensifie, se propage, je ne tiens plus
debout, je vomis presque.
Je marche jusque chez moi, respiration intense. Les 400mg que je viens de
prendre commencent à faire leur effet. Je reprends la force de me masquer
derrière une expression presque naturelle. Je reste sur cette cuvette, comme si
les contractions allaient s'y évacuer. Rien, mais j'ai cette foutue impression
que ça me soulage.
Par NaNinaX, Mardi 1 Avril 2008 à 21:00 GMT+2 dans NinaX (article, RSS)



