J'étais partie candide et amusée à cette soirée, comme dans l'temps comme on dit.
Je ne m'attendais à rien de particulier, si ce n'est de retrouver ce son spécifique de mon adolescence, entre punk-rock-new&darkwave-deathrock... Nash est aux platines... elle s'est donc mise à mixer ? Très bonne idée, elle cartonne.
Ambiance plutôt festive dans cette cave... l'alcool se mélange bientôt à l'euphorie ambiante, et les silhouettes sombres entres elles. J'ai voulu me détacher du lot en préférant un haut court et de grandes chaussettes blanches, rehaussant mon tout petit short et mes porte-jarretelles noirs, une petite coupe façon manga, et les yeux étirés à l'eyeliner... Se métamorphoser te désinhibe pour la soirée, changement de personnalité passager, et t'autorise plus que tu ne pourrais faire d'habitude... cela promet, mais ne choque personne ici.
Je vais au bar me commander un whisky-pêche (il n'y a qu'ici que j'en trouve, alors pas question de se le refuser), me retourne vers la piste, et reste les yeux collés à ce charmant bustier qui sculpte la déesse qui passe devant moi... Je suis troublée. Elle a les cheveux ondulés sur des épaules délicates, un sourire naturel sur ses lèvres et dans ses yeux, une démarche fluide et rythmée, et je crois pouvoir sentir son parfum chaud et délicieux. Je bois une gorgée qui me ranime, et décide d'aller me changer les idées sur un morceau de Christian Death qui a ameuté toute la foule.
Nous dansons tous comme à l'unisson, ballet unique et tournoyant, se frôlant parfois sans y prêter d'attention. Les yeux fermés, je suis partagée entre le son qui m'emporte et le visage de cette femme. Nash enchaîne sur un titre de Bauhaus. La piste se libère imperceptiblement. Je suis lancée, et je danse pendant des heures, alternant entre le bar, les chiottes et la piste. Certains essaieront de se joindre à moi, mais je ne fais confiance qu'aux femmes ce soir. J'échange avec certaines quelques déhanchés, nos mains jointes, les yeux dans les yeux, parfois un baiser, parfois juste nos poitrines compressées, jambes emmêlées, une main dans le dos, pour d'intenses émotions éphémères.
Mais elle, je ne la recroise pas. Elle doit être dans l'autre salle, l'électro.
Il est presque 5h du mat', je suis éclatée mais j'en veux encore, c'est pas souvent que je retrouve ces endroits.
Je décide de remonter aux vestiaires, voir si je peux récupérer mon autre paquet de clopes laissé dans mon sac. A cette heure, ils essaient toujours de te faire partir, ça ferme dans moins d'une heure, et ils savent très bien que tu n'as pratiquement plus rien à lâcher au bar. Bref, je récupère mon paquet et tout ce qui va avec... dans une demi-heure, il y a des métros, alors je retourne au bar pour un dernier verre, et m'assois un peu pour souffler. J'aime pas rester comme une cruche sur ces banquettes, je me speed de vider mon verre sans m'en rendre compte, fume clope sur clope, et m'apprête à remonter définitivement.
On dirait que la salle électro a déjà fermé, il y a toute une flopée de personne qui reviennent ici. Je regarde l'heure : c'est bon, je peux y aller sans me les geler dehors. Je me dirige vers les toilettes pour remettre un pantalon décent pour affronter la jungle parisienne, quand elle ouvre la porte, me regarde, me sourit.
Elle doit avoir la trentaine, presque dix ans de plus que moi, mais elle parait si douce, si aimante, et sa poitrine si sucrée. Je reste bloquée un instant, me retourne et vais la voir. Je ne sais pas ce qu'il me prend, je ne sais pas quoi lui dire alors que j'ai déjà ma main sur son épaule. Elle se retourne, et je me sens bête lorsque je lui balbutie "Tu es vraiment belle, je ne sais pas si les anges ont des seins comme les tiens, mais tu suscites ma gourmandise..." Je n'ai pas le temps de comprendre ce que je viens de dire qu'elle me sourit de nouveau et me remercie. Elle va pour s'en aller, mais la rattrape. Je suis bien imbibée, et cela m'aide à lui parler franchement : "J'ai envie de t'embrasser..."
Il n'y a plus personne au monde à ce moment-là. Nous sommes pourtant en plein milieu du chemin, et les gens nous esquivent, indifférents. Elle prend mes mains dans les siennes, son regard généreux m'immobilisant, me sourit toujours. Elle avance son visage, et dépose ses lèvres sur les miennes, tendrement, me lâche doucement et se retire. Je reste sur place, pétrifiée de bonheur et d'incompréhension. Je sens comme une chaleur m'emplir au plus profond de moi. Je voudrais lui courir après, l'emporter je ne sais où pour la connaître d'avantage, mais n'en fais rien. Je reste sur ce petit nuage, vais me changer, sors de cette cave, rentre et ressors du métro, et finis par me coucher.
Son corps sera mon rêve durant des heures.